Soyons sérieux... ou pas ! (Episode n°111)

Dans cette quête incessantede tous les petits "trucs" qui nous permettent de lutter contre le sérieux au quotidien, en voici un qui m'est particulièrement cher, non seulement parce qu'il est tout simple, mais surtout parce qu'il est d'une efficacité redoutable. Il tient en deux petits mots : "Réjouissez-vous".

Enfant-joie.jpg

Je ne parle pas d'une sorte de Thanksgiving un peu guimauve à l'américaine, mais d'une traque des petits bonheurs de la semaine. On ne cherche surtout pas du lourd ni des bons sentiments, mais des détails qui donnent le sourire si on prend la peine de les regarder d'un peu plus près. Même quand il pleut, qu'on a du mal à se réveiller le matin parce qu'il fait nuit, que la grisaille et l'humidité semblent nous avoir définitivement envahi le cerveau... Il existe malgré tout plein de raisons de se réjouir. La bonne note du petit (ou bien la moins mauvaise note que la semaine dernière, c'est déjà pas mal), la voisine grincheuse qui a décidé de déménager (ou de partir en vacances, c'est toujours ça de pris), le pain qui sortait tout juste du four quand vous êtes arrivés à la boulangerie, votre série préférée qui passe ce soir à la télé, les clés de la cave qui avaient disparu et que vous retrouvez sous le canapé, une nouvelle petite robe, une grasse mat' en perspective parce que demain c'est dimanche... La liste est infinie.

Si le sérieux a déjà gagné tellement de terrain que vous n'arrivez pas à trouver d'exemples, pas de panique, il suffit de demander à vos enfants. C'est imparable. Par ici, ça a commencé d'une manière assez insignifiante. Mon grand est rentré un soir de l'école avec une bonne nouvelle, je ne sais plus laquelle d'ailleurs, l'annonce d'un départ en classe verte je crois. J'ai répondu spontanément : "Ca se fête, faisons un apéro !". Son frère qui ne souhaitait pas être en reste est rentré le lendemain de l'école avec ce qu'il avait trouvé de mieux dans la catégorie bonne nouvelle : "Aujourd'hui c'était même pas dégueulasse à la cantine ! Ca se fête non ?". Petit à petit, c'est devenu une sorte de jeu. Trouver les petites choses de la journée qui nous permettraient de nous réjouir le soir (et de faire un apéro, bien entendu).

J'entends d'ici les défenseurs farouches de la prévention de l'alcoolisme grincer des dents en lisant cet article, qu'ils soient rassurés : il n'y a malheureusement pas d'apéro tous les jours (je dis "malheureusement" parce que ça veut dire qu'on n'a pas non plus 7 bonnes nouvelles par semaine), et les adultes se contentent d'un demi-verre de vin pendant que les petits trinquent au jus de fruits ou à la grenadine. D'ailleurs pour être tout à fait honnête, les enfants se soucient guère de ce qu'il y a dans leur verre, ce qui les intéresse ce sont les petits crackers salés.

Là j'entends grincer des dents les défenseurs acharnés du programme national nutrition-santé. Oui, je l'avoue, il y a des TUC et autres Belin à l'apéro, c'est même un point central de nos festivités. Mais la chasse au sérieux est une affaire suffisamment importante pour qu'on fasse une petite entorse aux bons principes alimentaires, qu'on se le dise.

Je tiens quand même à vous prévenir qu'il existe quelques moments de solitude. Comme le jour où votre fils reçoit les félicitations de la maîtresse pour cause d'action exceptionnelle en classe, et qu'il prend la peine de prévenir l'enseignante que "Maman va être contente, elle voudra sûrement faire un apéro pour fêter ça !". Et que ladite maîtresse vous attend le lendemain matin, goguenarde, pour vous dire "Alors, cet apéro ?". Etre classifiée comme mère alcoolique auprès de l'éducation nationale, ça c'est fait. Mais encore une fois, la chasse au sérieux mérite de supporter quelques sacrifices.

Alors, vous commencez quand ? Vous l'avez déjà repéré, ce détail joyeux qui va permettre de justifier l'apéro de ce soir ? Il est pourtant là tout près, n'attendant que vos yeux ou vos oreilles pour le débusquer.

Et paf ! Voilà encore un grand coup de pied dans le derrière de la grisaille, du sérieux et de la déprime hivernale. Tchin !